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Cy Twombly, le peintre qui a déconstruit et reconstruit la peinture

Cy Twombly, vénéré dans le monde entier, était hanté par les séries et les cycles. Avec ses écritures-peintures à la fois expressives et abstraites, il a donné formes et couleurs à son intérieur, mais aussi réagi à la grande Histoire : de la guerre de Troie en passant par l’assassinat de John F. Kennedy jusqu’à la guerre des Etats-Unis en Irak.

L’exposition au centre Pompidou offre un regard sur soixante ans d’une force créative extraordinaire, cent quarante peintures, sculptures, dessins et photographies, des années 1950 jusqu’à une toile restée inachevée. Une exposition magistrale avec un accrochage épousant à merveille les espaces de Beaubourg. Entretien avec Jonas Storsve, le commissaire de l’exposition.

RFI : Toute sa vie, Cy Twombly a cherché de choses nouvelles. Qu’est-ce qu’il a trouvé pour devenir un des artistes majeurs de la deuxième moitié du XXe siècle ?

Jonas Storsve : Je pense qu’il a d’abord déconstruit la peinture pour ensuite la reconstruire. Cy Twombly était quelqu’un qui travaillait sur la durée, qui a toujours gardé des réserves, un peu comme du « carburant », pour un long voyage. Je pense qu’il avait prévu de vivre et de travailler très longtemps et il a travaillé jusqu’à son décès.

La première salle ouvre avec des toiles blanches couvertes de ses fameuses écritures dont il refusait l’appellation « graffitis ». On est accueilli par un tableau de 1954, peint à New York.

C’est un peu le tableau qui regarde les visiteurs en même temps que les visiteurs regardent le tableau. Donc c’est une invitation à la contemplation de l’œuvre.

Cy Twombly a voyagé dans le monde entier. Il est né dans le sud des Etats-Unis, à Lexington, Virginia, a étudié au Black Mountain College, le « Bauhaus » américain, avant de s’installer à la fin des années 1950 à Rome et à Gaeta en Italie avec sa femme italienne. Et il a toujours gardé une affinité pour Paris. Ces trois destinations étaient-elles les pôles principaux de son inspiration ?

Non, je pense que le monde méditerranéen était extrêmement important pour lui. Il avait beaucoup voyagé en Grèce, en Asie mineure, il est allé jusqu’en Afghanistan, au Yémen, plusieurs fois en Égypte. C’était un très grand voyageur et un grand lecteur.

Parmi les premières œuvres présentées dans l’exposition se trouvent des tableaux réalisés en 1953, inspirés par le Maroc.

Ces œuvres n’ont pas été réalisées au Maroc. En fait, les motifs viennent d’un musée ethnographique à Rome qui a des collections africaines. Donc ce sont vraiment des ustensiles qu’il dessine. On a les dessins dans des carnets de notes et dont il se sert, une fois rentré aux Etats-Unis.

En 1962, Cy Twombly descend le Nil jusqu’au Soudan. En 1985, il travaille à Louxor. Quelle était sa relation avec l’Afrique ?

Ce n’est pas une relation avec l’Afrique. L’Egypte n’a rien à voir avec l’Afrique subsaharienne. Il aimait Louxor à cause du climat. Il aimait passer l’hiver là-bas, tout simplement parce qu’il y faisait beau et dans les maisons romaines anciennes les pierres étaient froides.

Parmi les chefs-d’œuvre exposés au centre Pompidou, on découvre 50 Days at Iliam, réalisé en 1978.

On y voit la guerre de Troie avec le camp grec d’un côté et le camp troyen de l’autre côté. Il y évoque plus qu’il ne le dessine ces terribles combats qui se terminent avec la chute de Troie.

Blooming, cette œuvre dotée d’une couleur rouge et d’une pluie de formes époustouflantes règne dans la dernière salle. Commencée en 2001, elle est restée inachevée. Cy Twombly, a-t-il réussi à faire tout ce qu’il a voulu dans sa vie de peintre ?

Je sais que sur son lit de mort, il commençait à halluciner et demandait des pinceaux. Il pensait que le rideau de la chambre était en fait la toile sur laquelle il était en train de peindre.

source: rfi