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Espèces protégées en voie d’extinction : le pangolin chassé pour sa chair et ses écailles

Le pangolin, un mammifère entièrement protégé par la Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées d’extinction (CITES) est prisé par les braconniers au Togo.

Cet animal qui se nourrit d’insectes, vit en solitaire. On le retrouve surtout dans la région des plateaux et centrale au Togo. Il rencontre sa femelle qu’au moment de la reproduction. Après l’accouplement, la femelle ne donne naissance qu’à un seul petit, qui s’accroche sur le dos de sa mère. Les écailles des petits n’apparaissent que quelques jours après leur naissance.
Recherché pour sa chair délicate, mais aussi pour ses organes comme son crâne et ses écailles contenant la même matière que les cheveux (de la kératine), on attribue à ces dernières des vertus thérapeutiques supposées. Le pangolin voit mal mais possède un odorat développé et une bonne audition. Unique mammifère recouvert d’écailles mais avec une cuirasse, cela ne le protège toutefois pas contre des braconniers, car le pangolin est le mammifère le plus victime au monde du braconnage et du commerce illégal, avec plus d’un million d’individus capturés et chassés au cours des dix dernières années, selon les derniers chiffres de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).
Au Togo, le pangolin est souvent chassé pour sa chair. C’est après les années 90 que la commercialisation de ses écailles a commencé. «Ici à Kuma, on tue souvent de pangolins. Leur chair est succulente. Avant, on jetait leurs écailles et c’est depuis quelques années qu’on a appris qu’on pouvait commercialiser leurs écailles. En 2014, j’ai vendu un sac de 12 kilogrammes d’écailles de pangolins à un acheteur ghanéen. Notre village est proche de la frontière du Ghana, donc des acheteurs traversent des fois la frontière pour venir dans notre village acheter les écailles. J’ai attrapé un gigantesque pangolin enroulé dans un tronc d’arbre. Je l’ai vendu à 25 000 francs », a déclaré un agriculteur à Kuma, dans la préfecture de Kloto.
Comme cet agriculteur de Kuma, une revendeuse de nourriture à Badou a expliqué qu’elle achète souvent des pangolins chez les braconniers. « « La viande de pangolin est très prisée chez nous. Certains disent que cette viande a des vertus spirituelles. J’en achetais souvent, mais maintenant ce n’est plus fréquent. On ne m’amène plus presque. Et, si un braconnier arrive à chasser un pangolin, il le vend souvent très cher », a-t-elle expliqué.
Selon l’un des responsables de l’Association paysanne pour le développement et la protection de l’environnement (APDPE), Jean Kossi, le pangolin est en voie de disparition dans les régions des plateaux et centrales, parce qu’il est chassé.
« C’est un animal qui ne peut pas fuir en cas de danger. Il ne peut que s’enrouler sur lui-même et les braconniers le ramassent facilement. Dans nos forêts, il en existe encore, mais plus comme avant. Beaucoup ignorent dans notre pays que c’est une espèce entièrement protégée », a-t-il déclaré.
Le pangolin reste aujourd’hui encore méconnu des chercheurs, incapables de donner une estimation de sa population mondiale. Les experts préviennent malgré tout que leur disparition modifierait l’écosystème des forêts tropicales, en augmentant les populations de fourmis et de termites dont se nourrissent les pangolins.
La chasse illicite et le commerce du pangolin ont amené les responsables de la CITES au cours de la 17ème conférence en septembre 2016 à Johannesburg, à classer l’espèce parmi les plus menacées au monde, et à en interdire le commerce. . Au Togo, le nouveau code pénal dispose à son article 796 que les personnes qui vendent les écailles de pangolin s’exposent à une amende de 100.000 à 500.000 FCFA et d’un à six mois d’emprisonnement. (EAGLE-Togo)