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Etat de lieu d’une ville en pleine expansion commerciale: Cas de Vogan 


vogan-marAu Togo comme dans plusieurs autres pays africains et surtout de la sous-région, le commerce représente un poumon de l’économie nationale et contribue considérablement à la lutte contre la pauvreté. Un tour à Vogan, chef lieu de la préfecture de Vo, située à près de 57 km à au sud-est de la ville de Lomé et qui abrite le troisième marché national du Togo nous caricature un peu le visage de l’activité commerciale de la localité. Comptant 10 cantons, avec une superficie de 750 km2 pour une population de 300.000 habitants
, la préfecture de Vo est un carrefour commercial pour les acteurs venus du Bénin, des préfectures des Lacs et du Golfe, etc…. Quelles sont donc les potentialités que regorgent le commerce dans la ville de Vogan et quelles sont les difficultés auxquelles il se trouve heurté ?

Les commerçants et commerçantes de la ville de Vogan se confient à   nous.

              Le marché de Gbéké, un carrefour aux échanges commerciaux fortement diversifiés

Après quelques minutes au marché de Vogan communément appelé « Gbékéssimé », un constat frappe toute suite l’attention : des étalages diversifiés avec des commerçants et commerçantes de tous les quatre coins du pays et même des étrangers venus pour la plus part du Bénin animent le marché. On y trouve un peu de tout. De nombreux étalages de bétails, de produits vivriers mais aussi de grandes boutiques de pagnes, de produits cosmétiques et des accessoires de mode et des outils champêtres issus du savoir artisanal de la localité.

 « Ce n’est pas une exception la diversité et l’animation que vous notez. Notre marché est un grand marché que nos parents nous ont légué », lâche tout de go monsieur Dossou Komlan, la trentaine, natif de la localité.

Selon lui, le commerce de bétails est un axe très fructueux même si son bon déroulement est saisonnier. Il nous explique comment il tourne son commerce.

« Les bétails que vous voyez, il y en a qui me proviennent de Gbavedji, un village distant de quelques kilomètres seulement du marché. Nous même, ici à Vogan  nous en élevons, mais la grande partie est achetée parce que l’élevage n’est pas une activité vraiment fluctuante dans notre localité, même si le commerce des bétails est très fructueux. Les prix peuvent varier selon les prix d’acquisition du lieu de provenance. Ils sont souvent dans la tranche de 15 à 50 mille francs CFA. Ceci peut parfois varier jusqu’à 100 mille francs CFA,  voire  plus », a-t-il expliqué avant d’ajouter que « Les seuls mois au cours desquels le commerce du bétail marche sont les mois d’août, de septembre et de décembre ».

Le marché de Vogan, s’il n’est pas un nouveau chantier offert par quelques projets de développement de la ville de Vogan, connait aujourd’hui des occupants réguliers. Madame Tovienyawo Essi, revendeuse de farine aidait sa maman depuis toute petite dans ce commerce détient aujourd’hui le témoin qu’elle compte bien passer à une de ses filles qui voudrait bien elle aussi s’y mettre.

« Comme toute activité économique nous enregistrons des hauts et des bas, mais on tient bon parce que cette activité est ma seule source de revenue financière. Et c’est avec elle que je subviens aux besoins de ma famille », a déclaré la jeune dame visiblement contrite.

Pas loin d’elle, un jeune artisan corpulent avec un grand étalage fourni de tous les outils de travaux champêtres.

 « Je fabrique moi-même ces outils que vous voyez en cours de semaine et les vendredi jour de marché, je viens les commercialiser. Ça marche parce que moi je vends en gros comme en détails et pas cher», a-t-il reconnu.

Ces outils qui ne sont d’autres que la houe, la daba et  le coupe- coupe entre autres sont fabriqués dans le village de Yohonou. C’est après tout  un commerce très juteux qui nourrit valablement un homme de cette localité surtout quand on nous révèle qu’un artisan peut forger en moyenne vingt (20) houes par jour.

« C’est grâce  au commerce d’outils champêtres que moi personnellement j’arrive à subvenir aisément aux besoins de ma famille », a laissé entendre M. Ayessou, la quarantaine, forgeron de son état, rompu à la tâche au moment même de la visite de notre équipe.

Mais cette animation vivace et le visage d’une activité commerciale fortement diversifiée qui viennentt à nous surprendre, est loin de faire la satisfaction des commerçants et commerçantes aussi bien du milieu que des étrangers venus des villes et villages voisins ainsi que de l’extérieur.

                    Un pouvoir commercial en berne et une potentialité attractive en baisse

Malgré l’affluence des milliers de passants qui vont et viennent dans une chaude bousculade, les habitués se plaignent  et quelques nouveaux séduits du marché dont on a tant entendu les éloges s’avouent déçus.

« Ce marché avant s’animait chaque vendredi déjà à partir de 10 heures même si c’est un marché de nuit et ce jusqu’au petit matin. Nos parents ont vendu ici, nous ont élevé et ont assuré notre avenir. Chose que je ne peux pas faire à mon tour parce que même si le marché est resté le même, l’affluence et l’animation ont changé. Et des conséquences s’en suivent. La vente du bétail est un art pour ma famille, mais aujourd’hui, il ne m’est pas du tout possible de faire des bénéfices avec tous les tickets que je dois payer. On parle de ticket d’entrée, de sortie et des tickets sur le bétail même sans  compter celui du hangar. Avec tous ces calculs, on se retrouve à 2000 francs CFA », s’est plaint monsieur Kloutsè Dossou.

Et si pour les revendeuses et revendeurs de produits vivriers comme les céréales, les tubercules et les légumes le problème de ticket n’est pas le même, l’insatisfaction reste la même. C’est ce que nous explique Mlle Gozo Djodji, la vingtaine revendeuse de poissons fumés.

« Nous nous ne payons qu’un ticket de 100 francs CFA durant toute la journée. Mais cela ne veut pas dire que nous nous sommes satisfaits. Ces histoires de tickets d’entrée et de sortie ont fait fuir toute notre clientèle vers le marché de Kouto à Anfoin. C’est tellement grave  dans la mesure où je finissais avant la tombée de la nuit de par le passé toutes mes marchandises alors qu’aujourd’hui, je reste jusqu’au petit matin sans en finir même pas la moitier»,  a fustigé la jeune dame pleine d’amertume.

Les habitués du marché de Vogan et les autochtones ne sont pas les seuls à se plaindre du revers de situation qui emporte l’activité commerciale à contre-courant de l’évolution. Des nouveaux séduits qui ont entendu les éloges du prodigieux marché de nuit ainsi que des étrangers se lassent des nouvelles conditions d’opération qui somment le coût des denrées d’augmentation.

« Franchement, je ne vois plus le bénéfice de faire le déplacement du Bénin jusqu’ici si ce n’est pour engouffrer les gains des tickettiers et non les miens »,  a sèchement articulé Akibou Zouera, vielle béninoise venue tourner son commerce à l’international.

Et à Mme Anani Sodjega de renchérir.

 « Je n’ai entendu que du bien de ce marché et maintenant que j’y suis, je réalise qu’il n’a rien de particulier ».

Pour elle, les dirigeants se foutent de leur bien-être parce qu’une délégation chargée de faire le lobbying auprès du maire est revenue bredouille parce que selon ce dernier, « les tickets devraient coûter plus cher et c’est grâce à son implication qu’il ne nous coûte que 300 francs ».

                                      Entre supplice et colère…

On retient que dans le marché de Vogan, « le ticket coûte 300 francs au lieu 200 franc comme dans tous les autres marchés », reconnait monsieur Klouvi Kossi, contrôleur du marché. Selon les autorités locales, il y a trois catégories de taxe qui sont le droit de place au marché, la taxe de sortie (pour l’exportation de bétail, et des produits agricoles) et le droit d’abattage que payent les commerçants au marché de Gbéké.

« Aucune de ces taxes n’excède cinq cent (500) F CFA contrairement à ce que racontent les marchands. Il y en a même parmi eux qui ne payent que 100gf de ticket » s’est dédouané M. Akpoto Vincent, agent de la Mairie.

Pour ce qui est de l’animation en berne du marché, M. Akpoto Vincent a indiqué que le manque d’affluence de nos jours dans le marché est dû à la création anarchique des petits marchés presque dans tous les cantons.  Pour M. Atchon Kodjo, ces taxes en terme de recette n’atteignent même pas 75 000 par jour du marché bien qu’elles soient destinée à la réhabilitation  et la rénovation du marché. Conséquence, les commerçants et commerçantes se sentent moins à leurs aises.

A cet effet , ils y lancent un appel au bon sens et à l’indulgence des autorités compétentes de la ville de Vogan à militer en leur faveur et leur alléger les conditions et donner ainsi un coup de pousse à l’économie de la localité en particulier, et du pays en général.

Dossier réalisé par le JMD avec l’appui technique et financier du Ministère du Développement à la Base, de la RDI et certains natifs de la localité.