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Forces et faiblesses des candidats à la présidence Togolaise

La course à la présidentielle du 15 avril prochain au Togo est plus que jamais engagée. Au point de départ, cinq prétendants pour un fauteuil. Quelles sont alors les forces et faiblesses des uns et des autres ? Décryptage

Les différents prétendants au fauteuil présidentiel au Togo pour les cinq prochaines années sont connus depuis le lundi 02 mars dernier. Ils sont cinq en course. Ils disposent chacun des atouts et des faiblesses.

Faure Essozimna Gnassingbé (UNIR)

Le Président sortant et candidat à sa propre succession, Faure Gnassingbé, dispose aussi bien des avantages que des faiblesses au moment de se lancer à la conquête de son troisième mandat à la tête du Togo. En effet, fort de son statut de président sortant, il a à son actif un bilan à défendre contrairement aux autres candidats. Ce bilan, s’il est bien exploité peut constituer un atout majeur pouvant militer en sa faveur pour sa réélection.

Comme forces, il dispose d’assez de moyens et est capable de sillonner tout le pays même les hameaux les plus reculés du pays pour s’adresser directement aux populations. Il continue quoiqu’on dise de jouir aussi de la popularité de son feu père et de l’ex-RPT dont il profite de l’actif malgré la création d’UNIR. Car, ce sont les cendres du RPT qui constituent la base d’UNIR. Faure Gnassingbé a la chance d’être au contact permanent de la population surtout ces derniers temps où il a presque parcouru tous les quatre coins du pays dans une précampagne qui ne dit pas son nom.

Il ne faut pas non plus  perdre de vue que dans les rangs d’UNIR, il y plein de stratèges expérimentés dans les questions électorales. Bref, Faure Gnassingbé dispose d’une machine assermentée dans les questions électorales.

Malheureusement, le principal handicape du candidat Faure Gnassingbé, reste d’abord son patronyme (Gnassingbé) qui renvoie auprès des togolais une mauvais souvenir de son père  Eyadéma Gnassingbé. A ce patronyme vient s’ajouter  le fait qu’il a déjà bouclé deux mandats et que beaucoup de togolais ont peur de le voir s’éterniser au pouvoir comme son père et donc souhaite un changement. On ne saurait oublier que le parti dont il est le porte-étendard, ne participe qu’à sa toute première élection présidentielle et est né seulement en 2012 suite à la dissolution du RPT qui est encré dans le subconscient des togolais. UNIR, quoique bien implanté n’a pas encore l’assise et la renommée dont jouissait le RPT. Aussi, la dissolution du RPT a-t-elle fait des aigris de l’intérieur. Ces dissensions internes au parti UNIR constituent donc une faiblesse pour Faure Gnassingbé.

A tout ceci s’ajoute l’épineux problème de la crise sociale qui ne cesse de s’exaspérer ces derniers jours avec une multitude de grèves dans tous les secteurs surtout dans l’administration publique. Sans oublier le refus de faire les réformes constitutionnelles auxquelles les togolais aspirent tant.

Cependant, disposant d’assez de moyens de l’Etat et surtout de beaucoup de stratèges imbus de la chose électorale conjugué à la multiplication de candidats de l’opposition et à son incohérence, le tout couronné d’une élection à un tour, Faure pourrait une fois de plus se tirer d’affaire pour un troisième mandat.

Jean-Pierre Fabre (ANC, Cap2015)

Fort de ses 33,93% en 2010 alors qu’il ne remplaçait qu’au pied levé son mentor  GilChrist Olympio  et des 28 % aux législatives de 2013 avec son jeune parti,  Jean-Pierre Fabre a le vent en poupe et pourrait titiller Faure Gnassingbé  le 15 avril prochain. Son atout se résume essentiellement au fait qu’il n’a pas de bilan à défendre au cours de cette échéance et surtout son radicalisme qui lui permet de réunir autour de sa cause, les togolais déçus, aigris et radicalisés par le régime RPT et UNIR. Il peut également compter sur le soutien de quelques béquilles  de l’opposition.  Il a aussi la chance d’être le seul candidat issu du sud pour cette élection. Un avantage, qui pourrait s’avérer décisif quand on sait que le vote ethnique est encore d’actualité au Togo.  Jean-Pierre Fabre peut être  aussi bonifié  par le front social qui secoue le Togo ces derniers temps.

Cependant, son handicap majeur est sans nul doute le fait qu’il ne va plus jouir de la popularité de l’UFC qui l’a porté en 2010. Son parti ANC a pour le moment le plomb dans l’ail et n’est pas aussi suffisamment implanté dans le pays. Si son radicalisme est d’une part une force certaine, il n’est pas exclu que cette position constitue un couteau à double tranchant qui l’empêche de pouvoir inspirer confiance aux déçus du camp d’en face à lui faire confiance. Car, l’on trouve en lui les germes de revanchard. Le manque de moyens et l’absence d’un bon programme politique sont des faiblesses qui pourront défavoriser Jean-Pierre Fabre à cette élection. Il ne pourra malheureusement pas pour cette échéance compter sur les 1, 500 million de togolais de la diaspora qui est surtout éprise de l’alternance au Togo.

L’autre pan de la faiblesse du candidat Jean-Pierre Fabre se trouve être le combat qu’il devra mener contre  ses camarades de l’opposition qui l’accusent d’avoir sacrifié la lutte pour les réformes au profit des calculs électoralistes. Car, beaucoup de Togolais aspirent plus aux réformes, gagent d’élections crédibles surtout que Jean-Pierre Fabre lui-même  avait fait de la lutte pour les réformes son chevale de bataille et  promis qu’il y aura les réformes avant tout élection.

Mais, au-delà de tout, Jean-Pierre Fabre a les chances de tenir la dragée haute au candidat de l’UNIR au cours de cette élection si et seulement si  les conditions de transparences sont  garanties et que les vrais résultats issus des urnes sont proclamés.

Aimé Tchabouré Gogué (ADDI)

Il fait sa première expérience à une élection présidentielle après 24 ans d’existence sur le front politique. Fort de ses trois députés en 2013, il peut se targuer de faire quelques prouesses au cours de cette élection même s’il ne dispose vraiment pas de réels arguments à faire valoir face à des adversaires de poignes comme Faure Gnassingbé et Jean-Pierre Fabre.

Par contre, il traîne des casseroles qui pourront jouer contre lui. En effet, certains togolais gardent un mauvais souvenir du  passage  de l’homme à la tête du ministère de l’économie et des finances durant la transition. Sans oublier surtout sa récente désolidarisation avec l’ANC. Ce que certains fanatiques du changement ne sont pas prêts à lui pardonner.  Outre ces éléments, il convient de noter que l’ADDI n’est pas assez implanté sur l’ensemble du pays. Un véritable handicape pour Aimé Gogué  qui devra également faire face  outre le candidat de l’UNIR, à ses amis de l’opposition.

Cependant, comme le dit Pierre de Coubertin, l’essentiel  c’est de participer et cette élection servira d’expérience pour Aimé Gogué   afin de mieux aborder les échéances futures et de rentrer dans l’histoire des anciens candidats à la présidence de la République au Togo.

Gerry TAA’MA (NET)

Jeune, dynamique et ex-officier de l’armée togolaise, Gerry Taama est plein de fougue et très bon communicateur. A la tête de son parti Nouvelle Engagement Togolais (NET)  qu’il a créé en 2012, il est un candidat d’avenir. Mais, sa percée lors des législatives de 2013 avec 15000 voix  dans seulement 4 préfecture surtout dans le grand  Lomé où il a eu environ 8000 voix, fief des poids lourds de l’opposition, il  se présente comme un trouble fait à cette élection et peut être dans les années avenir un sérieux prétendant au fauteuil présidentiel. Son atout majeur  se repose sur sa stratégie de campagne de proximité, porte-à-porte à l’américaine pour tenter de bousculer la hiérarchie. L’expérience de 2013 en dit long.

Malheureusement, beaucoup de facteurs militent aussi en sa défaveur. Il s’agit entre autre de ses allés et retours dans les coalitions de l’opposition.   Ce qui laisse une mauvaise image  de lui. D’ailleurs, il a été souvent accusé de taupe par ses frères de l’opposition. Sa seconde faiblesse est le fait d’être du nord où l’électorat sera divisé entre 4 candidats issus de la région. L’implantation de son parti sera aussi une défaillance pour lui. Dans la mesure où  une élection présidentielle découle surtout de l’implantation du parti sur tout le territoire national.

En tout cas, cette première sera pour lui une grande expérience pour se faire connaitre d’avantage en vue des prochaines joutes électorales. Des cinq candidats, il se trouve être le plus jeune en âge et en politique mais il peut jouer au trouble fait. Pour cette première, une 3ème  ou une 4ème place ne sera  pas mauvais pour lui. Attendons de voir au soir du 16 ou 17 avril prochain.

Mohamed Tchassona TRAORE (MCD)

Seul candidat de la région centrale et combattant des premières heures de la lutte démocratique, Mohamed Tchassona Traoré  fait ses grands débuts dans cette compétition de grande envergure. A-t-il de réelles arguments à faire valoir au cours de cette présidentielle de 2015? Pas vraiment, mais tout dépendra de son programme de société et de sa méthode d’approche pendant la campagne même s’il faut reconnaitre que le programme de société est peu prisé au Togo. Il aura fort à faire à des adversaires comme Faure Gnassingbé et Jean-Pierre Fabre qui partent avec les faveurs des pronostiques.

Principale faiblesse, son parti ne jouit pas encore d’une grande assise nationale même s’il s’agit d’un vieux parti. Ce qui peut être considéré comme son fief, Tchaoudjo est très acquis à la cause de l’ANC sans oublier que le 2ème vice président d’UNIR est aussi de la localité. Ceci  lui rendra la tâche très difficile mais pas impossible.

Tout compte fait, le pire des échecs, c’est de n’avoir pas essayé.  Ainsi, cette expérience lui servira à coup sûr pour les prochaines joutes électorales et surtout va enrichir d’avantage son CV avec le titre de candidat malheureux à l’élection  présidentielle au Togo.

Dans une élection à un tour avec plusieurs candidats de l’opposition face au candidat du pouvoir, les dés semblent presque déjà pipés. Car, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets dans les mêmes conditions. Ainsi, l’opposition devra sûrement s’armer de patience pour espérer mieux les prochaines fois. Mais elle doit alors tout faire pour obtenir les meilleures conditions d’organisations de l’élection,  surtout obtenir les deux tours avant ces prochaines échéances de 2020. Ou faire tout pour prouver aux yeux de tous, avec PV à l’appui qu’elle a effectivement gagné. Malheureusement, l’histoire de 2010 reste encore de triste mémoire.