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L’exhibitionnisme prend de l’ampleur à Lomé

Le goût ou le choix vestimentaire, dit-on souvent est le reflet de la personnalité d’un homme ou d’une femme. Mais au fil des années et sous l’influence de la mode, les goûts vestimentaires évoluent de façon fulgurante. Auparavant, nos pères et mères se couvraient de tonnes de tissus pour cacher leur nudité mais aujourd’hui, la tendance est inversée. Avec quelques centimètres de pagne ou de tissus, les jeunes arrivent à couvrir leur corps, situation économique oblige !

Cette évolution est en réalité liée à la mode contemporaine véhiculée par les feuilletons télévisés. Au Togo, la mode dite « sexy » a pris le contrôle et l’exhibitionnisme est désormais de mise. On s’habille sciemment pour mettre en avant une partie de son corps. Les fesses et les seins sont les parties que les jeunes filles adorent mettre le plus en avant ce qui a donné naissance à la tendance : « kpè-kpè-kpè ».

La mode « kpè », de quoi s’agit-il ?

Le « kpè » en fait est une sorte d’habit qui serre une personne afin de dessiner ses courbes et mettre en avant ses atouts de séduction. Pour les filles, les jupes sont pour la plupart du temps très courtes et sur mesure, les corsages et les chemises décolletés et très serrés. Dans le cas des hommes, les culottes et pantalons sont tous aussi serrés et les chemises de haut très courtes.

Pourquoi aiment-ils tant s’accoutrer de la sorte ? La réponse nous vient de Joseph, un jeune lycéen qui dit avoir adopté cette mode tout simplement parce que les autres le font. « J’aime à chaque fois porter ces genres d’habits parce que je vois les gens le porter et ça me donne envie de le faire à mon tour. Je ne me reproche de rien et personne ne pourra me dire que Joseph ne porte pas cet habit ça ne te conviens pas, t’ai trop moche là-dedans. Je fais ce que je veux, je couds ce que je veux et comme ça me plaît de le porter », déclare-t-il avec une grande fierté.

Anna explique cette tendance par le phénomène « swagg », c’est-à-dire ce qui est à la mode. « Dans mon habit kpè je suis la reine de mon quartier et les gars ne cessent de courir après moi. Ils sont K-O de moi. Etre sexy, c’est une bonne chose mais l’extravagance c’est une autre chose et pour moi l’être me plaît beaucoup. J’aime être sexy et tuer tout le monde sur mon chemin en passant et à chaque fois que je marche, j’aime qu’on pointe les yeux sur moi, j’aime trop ça », nous confie Anna dans une sorte d’extase.

D’autres disent adorer cette mode parce qu’elle met en avant une partie de leur corps. Cependant, ils conseillent de la modération dans cette pratique. Vévé Alowonou est l’une de ces personne qui adorent la mode mais savent ne pas dépasser les bornes. «Pratiquement toutes mes coutures sont en mode kpè. Elles ne sont pas trop courtes ni trop décolletées mais uniquement sur ma taille. Et même mes jeans ou autres vêtements que je paie en friperie, je les ramène à mon tailleur pour me les resserrer un peu », lâche-t-elle entre deux sourires.

Tanty reine est patronne de l’atelier de couture GODWIN à Lomé. La trentaine, elle est femme au foyer mais toujours à la mode. Elle nous apprend que des parents parfois amènent leurs enfants et insistent pour leur confectionner des « kpè ». « Une petite fille de 4 ans a pleuré dans mon atelier parce que la petite robe que je lui ai cousue n’était pas kpè et elle était inconsolable », raconte-t-elle sous nos yeux ébahis. « Moi depuis mon apprentissage, je suis celui qui s’occupait de la couture des gens qui voulaient s’habiller à la mode kpè. Mon patron était une personne un peu trop âgée qui est abonnée à l’ancienne. En le quittant, je suis parti avec plus de 70% de sa clientèle. Les personnes qui s’intéressent au style kpè sont souvent des jeunes mais aussi des adultes de la quarantaine et de la cinquantaine », rapporte pour sa part, Fomè, styliste modéliste et propriétaire des coutures « MESTYLE » situées à Bè.

Le style vestimentaire « kpè-kpè-kpè », nous confient les connaisseurs, est un style passe-partout. Il serait, d’après leur expertise, adapté pour les sorties entre jeunes ou adultes, pour les funérailles, les soirées cocktails et galas. Pour aller à l’église ou pour des sorties en boite de nuit, le kpè répond également présent, font-ils savoir.