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RÊVES ET SACRIFICES

RÊVES ET SACRIFICES

Dans le monde musulman comme chez les animistes, le sacrifice est, généralement, une offrande faite soit aux mânes des ancêtres, soit à des divinités, soit à des personnes en chair et en os.

La pratique des sacrifices est très répandue et fait partie des actes essentiels de la vie quotidienne des individus comme des collectivités.

Sur le plan individuel, on n’entreprend rien, cérémonies familiales, construction d’une case, culture d’un champ, partie de chasse ou de pêche, voyage, commerce, on ne saurait aller voir un puissant du jour, participer à une compétition, sans consulter un devin. Celui-ci, après avoir fait des prédictions, recommande, presque toujours, de procéder à des sacrifices.

A l’échelle du village, de la région ou du pays, on consulte, de même, les voyants à l’occasion des cérémonies rituelles, des opérations culturales, des calamités naturelles,  pour connaître les sacrifices à faire. Et quand le devin déclare que ses prédictions se réaliseront, qu’on fasse ou non des offrandes, c’est l’allégresse ou la consternation, selon que la prophétie annonce un bonheur ou un malheur.

Tant sur le plan individuel que collectif, les sacrifices sont infiniment variés.  L’offrande peut consister soit en aliment : plats cuisinés, fruits, céréales, tubercules divers, viandes, volailles, voire têtes de bétail. On offre aussi bien des vêtements, des coiffures, des chaussures, des bijoux, que des objets d’usage plus courant comme du fil des aiguilles, du papier blanc de la poudre de chasse, des chapelets.

Il arrive même que soient recommandés des sacrifices particulièrement insolites : œufs de lézard ou de caméléon, un oiseau- moineau, pigeon, colombe, aigle- à lâcher, un mouton vivant à enterrer dans un cimetière, enveloppée dans un linceul blanc, des poissons vivants ou un morceau de fer à enterrer au seuil de sa case ou à jeter dans la mer, des coups de fusil à tirer en l’air, etc.

La kola souvent conseillée est déposé sur les autels ou les tombes des ancêtres. On l’offre aussi à des personnes vivantes ; dans ce cas le devin indique le nombre de noix à offrir, d’une à mille, la grosseur, la couleur, la présentation extérieur.

Le rôle de la noix de kola est déterminant pour la réalisation des rêves fastes. On considère que les noix les plus grosses, dakabananworo en malinké, sont, en cela, les plus utiles.

Pour ce qui est de la couleur, on distingue les noix blanches ou worogbé, rouges ou worowulen, roses ou marsaworo et enfin des noix des noix encore plus blanches que les premières appelées noix au couleur de frais ou nono kendéworo.

L’aspect extérieur des noix permet de distinguer : le sisubaworo, noix à trois cotylédons, ceux-ci étant généralement au nombre de deux, qui ne doit être croqué que par trois personnes de tribus différentes ; le sokounworo, noix ayant la forme d’une tête de cheval ; et le yèlèworo ou  » kola qui rit « , aux cotylédons légèrement écartés, comme des lèvres. Les kolas peuvent accompagner des plats cuisinés, du papier blanc, des têtes de bétail, des volailles, des vêtements…  Quant aux mets, ils consistent en plats de riz, de fonio, de mil ou de couscous  accompagnés de sauces ou de lait.

Une précision d’importance a trait au pelage des animaux : bœufs à la robe fauve ou noire ; moutons blancs portant une frange noire sur le cou ou poules aux plumes blanches, noire, tachetées de blanc et de noir, ont une valeur profonde dans la symbolique des rêves.

Il en est de même du sexe des animaux sacrifiés : taureau ou vache ; brebis ou bélier ; chèvre ou bouc ; dromadaire ou chamelle ; coq ou poule. Leur sacrifice relève de règles précises.

Tout aussi essentielles de trouvent les exigences relatives à l’âge de la bête à sacrifier : un taurillon ou une génisse de trois ans ne saurait convenir là où le devin prescrit de sacrifier un taureau ou une vache de sept ans.

Il est des circonstances où l’on est amené à sacrifier des animaux vivants ; d’autres où les animaux sont abattus et leur chair entièrement ou partiellement distribuée, elle doit être cuite.

Quand l’offrande porte sur des habits, des coiffures, des chaussures, ces objets peuvent être à l’état neuf ; mais il arrive que le sacrifice n’est valable qu’avec des effets usagés. Le choix des destinataires de ces sacrifices répond, lui aussi, à des règles précises : l’effet recherché n’est pas le même selon que l’on fait l’offrande à des hommes pieux, muezzins, imams, religieux ; ou qu’on la destine à des gens ordinaires préalablement désignés par le devin : mendiants, bébés, garçonnets, fillettes jeunes gens, hommes et femmes d’âge mûr, vieillards, jumeaux, orphelins, personnes de teint noir ou de teint clair, infirmes.

Certains sacrifices sont, au contraire, déposés en des lieux précis : autels, tombes des ancêtres, carrefours, cimetières ou autres. Il en est qu’on jette dans une eau vive, à un endroit profond de la rivière ou de la mer.

Il y a des jours fastes, le dimanche, le lundi, et le vendredi ; des jours néfastes, le mercredi et le samedi ; comme il y a des moments propices de la journée : premier chant du coq, point du jour, prière de deux heures  ou prière de cinq heures, en général, la matinée.ier chant du coq, point du jour,  la journéee vendredi;re ou de la mer. , infirmes;

En tout, existent non seulement une infinité de sacrifices mais un ensemble de règles à respecter dans chaque cas.

Les liens entre les rêves et les sacrifices font partie de la science des spécialistes qui interprètent les songes. Ceux-ci indiquent presque toujours, parmi les sacrifices qu’ils recommandent, ceux qui ont pour but :

pour les rêves fastes, d’en obtenir la réalisation ;

pour des rêves néfastes, de conjurer les malheurs qu’ils annoncent ;

– Pour les rêves qui doivent se réaliser à longue échéance, d’en assurer la réalisation dans un délai rapproché.

A l’évidence, c’est surtout en réponse aux rêves fastes que l’on procède  aux sacrifices ; rien d’étonnant à ce à ce que, des nombreuses recettes pour rêves, celles destinées aux rêves fastes soient les plus connues ; parmi elles, on cite :

  • Les objets ou animaux de couleur blanche, le blanc étant le symbole de la pureté, du bonheur, de la prospérité et de la réussite ;
  • Les bijoux en métal précieux, argent et or ;
  • Les objets de grande valeur ou ceux auxquels on tient beaucoup : bijoux, vêtements ;
  • Les animaux de grande taille : bœufs, chevaux, chameaux ;
  • Les repas réunissant de nombreux convives, surtout des enfants et des indigents ;
  • Les choses ou animaux en grand nombre : mille noix de kola ou cent têtes de bétail par exemple ;

Ainsi :

  • Quand on voit, en rêve, un soleil éclatant, c’est le présage d’une grande fortune, une grande renommée ; on sacrifie un bœuf dont on donne une partie de la chair aux croyants l’autre partie servant à préparer un grand repas autour duquel sont conviés des enfants et des indigents.
  • Le soleil au milieu de sa course dans tout l’éclat de sa blancheur présage une réussite encore plus éclatante, une plus grande fortune ; le sacrifice à faire : six coqs ou deux béliers blancs.
  • Voir un serpent autour de sa jambe annonce un grand bonheur et notamment, indique une proche naissance : on fait offrande d’un anneau d’or à porter à l’index.
  • Quand la lune, en rêve, brille d’un éclat particulier, c’est signe qu’on aura une promotion sociale et qu’on jouit de la protection divine :le sacrifice recommandé : du sel et des noix de kola.
  • Pour qui voit une eau limpide, c’est le présage d’un bonheur imminent ; il est conseillé, en guise de sacrifice, d’offrir des boulettes de riz et des noix de kola blanches.
  • Quand, en songe, apparaît un chien qui n’aboie pas, c’est qu’on accédera à une situation inespérée : un mouton blanc est offert en sacrifice.

Pour les rêves néfastes, il est généralement recommandé de sacrifier des objets ou des animaux en grand nombre ; on conseille aussi des sacrifices parfois très difficiles à réaliser.

Source

Interprétation des rêves dans la tradition africaine