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Sortie de l’album posthume de Johnny Hallyday

C’est un album posthume qui a été compliqué à finaliser, mais cette voix puissante, vibrante et ultra-présente sur les dix titres est bien là. « Mon pays, c’est l’amour » a les forces et faiblesses d’une dernière, jamais vraiment comme on l’imaginait, mais gravée pour l’éternité.

Après en avoir beaucoup parlé, on peut enfin l’écouter. Mon pays, c’est l’amour, le nouvel album de Johnny Hallyday, est sorti dans la nuit du 18 au 19 octobre. Plusieurs milliers de fans se le sont déjà procurés dans des magasins restés spécialement ouverts pour l’occasion.

Un album compliqué à finaliser

La question qui brûle toutes les lèvres vendredi matin est de savoir si cet album est à la hauteur des attentes. Question légitime, mais très difficile, car on ne pourra jamais enlever le contexte. Celui de la finalisation d’un album, en janvier dernier, dont l’interprète était décédé deux mois plus tôt. Maxim Nucci, le réalisateur, en est encore retourné aujourd’hui. C’était très difficile de travailler sur sa voix, sur ses textes, qui d’un coup prenaient un autre sens

« On a beaucoup pleuré. Il y avait des moments où on restait ‘focus’ sur ce qu’on avait à faire et puis d’autres où on se laissait aller… C’était très pénible. Je n’aurais jamais cru vivre quelque chose d’aussi difficile en faisant de la musique », confie Maxim Nucci.

Un Johnny qui se ressemble et s’évapore aussi

Pour juger, il faut bien sûr écouter les dix titres – et un interlude musical – qui composent ce dernier disque. Et qu’est-ce qu’on entend d’abord ? C’est cette voix, encore puissante, presque vivante, dès le premier morceau du disque, « J’en parlerai au Diable ».

Et puis il y a les codes éternels : la country, le rock, l’Amérique présente dans de nombreux recoins de cet album, et sur le titre qui donne son nom au disque surtout, « Mon pays, c’est l’amour », façon Johnny B. Goode.

Sur ce disque, Johnny se ressemble, pour le meilleur – son énergie renvoie à ses jeunes années – mais aussi pour le pire. Souvent, quand même, on a l’impression d’entendre de vieux titres, « Que je t’aime » ou « Allumer le feu ». Parfois, on se dit aussi que les arrangements, les cordes, les cuivres enlèvent un vernis rugueux, que la promesse rock n’est pas entièrement respectée.

Porté par l’envie de retrouver son public

Ce 51e album studio de la rock star, décédée en décembre dernier des suites d’un cancer, n’a rien de crépusculaire, et les faits sont là pour le confirmer. Quand il commence à enregistrer, début 2017, Johnny se sait malade, certes, mais il a déjà une tournée dans le viseur. Et ça transparaît dans l’album, explique Maxim Nucci : « On en parlait avec Laeticia. Cette volonté de live chez lui et de stades était toujours là. Il m’en parlait très très souvent et donc du coup on a construit le track listing un peu comme cette liste de concerts. »

Les thèmes qui déroulent ont toujours été ceux de Johnny : l’amour, la mort, la rédemption, l’Amérique, la route. Pas de testament dans ce disque, c’est ce que confirme aussi son manager, Sébastien Farran : « Je n’ai jamais écouté cet album en ayant l’impression que c’était l’album de la fin. On ne peut pas vous demander d’avoir une autre appréciation devant la disparition du plus grand artiste français cette année, mais lui ne l’a pas enregistré dans ces conditions-là. »

C’est aussi ce que dit un artiste qui a beaucoup écrit pour Johnny ces dix dernières années. Christophe Miossec, qui signe ici Back in LA : « C’était avant qu’il ait des soucis de santé, donc ce n’était pas écrit dans un but testamentaire. C’était écrit légèrement, comme une autre chanson de Johnny en fait. C’était vraiment quelqu’un avec une intelligence animale assez dingue. Je suis effrayé de voir comment « nouveau monde » et « ancien monde » ça fonctionne sur plein de niveaux. »

Aux côtés de Maxim Nucci et Yarol Poupaud à la musique, et Yvan Cassar sur certains arrangements, beaucoup de textes sont signés par de jeunes auteurs, Yohann Mallory et Hervé Le Sourd par exemple. Johnny l’interprète emballe tout cela avec la même aisance que toujours.

Avec ses ballades, du rock, du blues, des chansons d’amour, comme Pardonne-moi sur laquelle on ne peut s’empêcher de penser à Laeticia, Mon pays, c’est l’amour ne lève pas vraiment le voile sur un Johnny méconnu. Il y a aussi quelque chose qui ressemble à une confession, au début et à la fin de l’album. J’étais « prisonnier d’un instinct », chante Johnny sur « Je ne suis qu’un homme ». Johnny jusqu’à l’excès, qui ne signe pas son meilleur album mais son dernier. Ce sera bien là son éternelle qualité.